En introduction, nous tenons à remercier chaleureusement Nicolas Suffys, fondateur de JollaFr.org, qui nous a fait parvenir ce terminal afin que nous le testions. Si vous êtes intéressés par Sailfish et Jolla, pensez à aller faire un tour sur son site, très fourni.

Autre chose, Jolla se prononce Yolla, et signifie dinghy en finnois, une petite embarcation généralement utilisée pour revenir à terre depuis un bateau. Un lien avec le mémo d'Elop sur sa "plateforme en feu" ? Probable.

Test vidéo du Jolla (Phone)

Vidéo de test avec sommaire interactif au début, n'hésitez pas à l'utiliser afin de naviguer dans le test.

Déballage, contenu de la boîte

La boite du Jolla possède un design sympathique avec des lignes de code imprimées et le logo Jolla argenté. Vous y trouverez le terminal, un livret pour débuter avec l'appareil, un câble USB/micro USB et un bloc chargeur. La batterie est amovible.

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Design

Le Jolla Phone possède un design sobre mais atypique, visuellement composé de deux éléments. De face, il semble assez "carré" mais ses tranches sont arrondies. Au dessus de l'écran se trouve la caméra frontale, la sortie audio et (à priori, non visibles) les capteurs habituels. Les bordures ne sont pas très fines et le bas de l'écran est occupé par une zone vide mais c'est une affaire d'ergonomie et d'usage, vous le verrez plus tard. Ce bas de l'écran ne dispose pas de touches, seule une LED de notification y est visible.

Sur la tranche droite on trouve un bouton on/off verrouiller/déverrouiller (non nécessaire pour l'unlock) et une touche de gestion du volume. Rien à signaler côté opposé. Au dessus vous avez le jack 3.5mm, le port micro USB, un microphone et la seule marque présente sur tout le terminal, un minuscule logo Jolla, c'est agréable d'avoir entre les mains un terminal qui n'impose pas son logo même si cela lui donne aussi un aspect "noname". Sous le smartphone on trouve le haut-parleur et le microphone principal.

A l'arrière se trouve l'appareil photo et son flash LED, un second logo Jolla très discret y est également visible. La coque arrière est amovible et permet de changer la batterie en cas de besoin et bien sûr d'insérer la micro SD ainsi que la micro SIM. Concernant cette dernière, elle est ingénieusement calée avec un rectangle en caoutchouc, vous pouvez l'insérer ou l'enlever sans avoir à sortir la batterie.

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Très bien, et c'est tout ? Non ! 

Le Jolla intègre un système baptisé "The Other Half", l'autre moitié. Il s'agit d'une coque qui se fixe sur le terminal (est nécessaire), proposée en différentes couleurs, et qui permet de changer le thème général de votre terminal. Vous avez une "moitié" proposée avec le terminal, la blanche, et pouvez en acheter d'autres (trois disponibles pour l'instant) pour 29€ l'unité sur leur site Internet. Techniquement c'est simple, la coque dispose d'une puce NFC et le Jolla la détecte et charge l'ambiance adaptée. A l'arrière du terminal, sous la coque, il est possible de distinguer quelques connecteurs, à terme il serait envisageable que cette "autre moitié" apporte plus qu'un simple changement de thème, pourquoi pas un clavier coulissant ? Rien de sûr à ce stade.

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Ergonomie

L'ergonomie du Jolla est plutôt bonne, le terminal disposant d'un écran de 4.5", vous n'aurez pas de mal à bien le saisir et à l'utiliser à une main. Les bordures sont plutôt larges et on regrette un peu cet espace "gâché". La coque arrière est en plastique mat qui ne glisse pas trop, les tranches sont anguleuses et permettent de bien tenir le terminal sans que cela soit désagréable. Les coins de l'appareil sont vraiment droits, ce qui est plutôt original, et peuvent sembler un peu "agressifs" quand vous tenez le Jolla avec un coin dans le creux de votre main.

A l'usage, les touches sur le côté sont pratiques et bien placées, émettent un petit "clic" qui fait bas de gamme mais rien de dramatique. Vous pouvez aussi (c'est mieux !) utiliser le double tap sur l'écran éteint pour l'allumer. Il fonctionne uniquement pour réveiller l'appareil, un double tap sur l'écran de déverrouillage ne permet pas de le mettre en veille.

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Ecran

L'écran 4.5" du Jolla est intégré avec des coins arrondis, ce qui lui donne un aspect original. La définition est inférieure à 720p, il s'agit de 540x960, soit 245ppi. Pour le coup, vous voyez les pixels et si vous avez l'habitude de manipuler des terminaux équipés d'écrans plus costauds, cela pourrait vous déranger. Les angles de vue sont corrects sauf quand vous regardez le Jolla de "coin" (le coin de l'appareil vers vous), ce qui altère la luminosité. En parlant de celle-ci, l'appareil génère 100/105lx sur du blanc ce qui est loin d'être impressionnant, nous n'avons pas pu le tester sous un grand soleil, mais il est certain qu'il sera plus compliquer de bien distinguer les éléments à l'écran qu'avec un appareil plus performant sur cet aspect.

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Fonctionnalités

Le Jolla tourne sous Sailfish OS, testé ici dans sa version 1.0.5. Il est important de noter d'emblée que de nombreux aspects de cette partie du test pourront rapidement devenir obsolètes après quelques futures mises à jour. Sachez par ailleurs qu'au premier démarrage vous pouvez choisir ou non d'installer certaines apps Jolla, comme le calendrier, par exemple).

Gesticuler, mais pas trop

Premier élément central à appréhender avec Sailfish OS, les gestes. Un didacticiel est proposé, nous vous conseillons de le faire, même si les mouvements sont simples. En deux mots : de tout en haut vers le bas pour fermer une app pour mettre en veille l'appareil, même geste mais depuis le milieu de l'écran pour afficher le menu contextuel, extrême droite/gauche vers le centre pour minimiser l'app et accéder au multitâche, du bas de l'écran vers le haut pour ouvrir les notifications, double tap sur l'écran verrouillé pour l'allumer et, à régler dans les paramètres, laissez votre doigt sur l'écran quand vous basculer en paysage (ou vice-versa) pour bloquer la rotation. Pour finir, dans une même app vous pouvez revenir en arrière en glissant vers la gauche, quand les petits points lumineux sont affichés en haut. Cette liste n'est pas exhaustive et pourra évoluer au fil des mises à jour.

Ces gestes sont assez bien pensés et permettent de se déplacer dans l'interface de façon plutôt confortable mais en fonction de l'app où vous êtes ces interactions peuvent devenir problématiques. Par exemple, dans la galerie ou sur le web, où vous défilez dans "tous les sens", vous n'êtes pas à l'abris de déclencher une minimisation ou d'ouvrir le menu contextuel. L'interface est pensée tactile et c'est bien, mais vous aurez vraiment besoin de prendre le coup de main.

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Il est important de noter que l'aspect de l'interface dépend beaucoup du thème affiché et, au final du fond d'écran, que Jolla appelle Ambiance. Il est possible de choisir n'importe quelle image et de l'appliquer comme ambiance. Le terminal utilise les couleurs de l'image pour définir le thème et ça change absolument tout. Pour ce test nous avons un fond classique, bleu, toute l'interface est ainsi bleue. Si vous appliquez une image avec une couleur principale rouge, tous les éléments de l'interface vireront au rouge. C'est bien foutu.

L'écran de déverrouillage ( 8536) est simple et affiche quelques notifications (ici les mails) ainsi que l'heure et l'état de certains paramètres. Dès cet écran vous pouvez faire glisser l'interface vers le bas pour accéder rapidement à la date, désactiver les sons, téléphone, caméra et réglages. 

Sur le Jolla, oubliez tout ce que vous connaissiez des smartphones (Android, iOS...), l'idée est plus proche de ce qu'on a sur un N9, par exemple. L'interface de base est verticale, en haut unlock, puis le multi-tâche/"widgets" puis les apps installées ( 8537). Il suffit de défiler de haut en bas pour accéder aux différents contenus.

Le mode multi-tâche ( 8538) est intéressant, il affiche une sorte de "tuile" (pour reprendre le terme WP) de l'app avec, souvent, des informations affichées voir des interactions rapides quand vous faites glisser l'élément d'un côté ou de l'autre ("Cover Actions").

Les notifications ( 8539) s'affichent de façon très basique (comme, vous allez le voir, la majorité de l'interface de Sailfish).

Quand vous accédez aux paramètres ( 8541,8542) vous pouvez gérer certaines options rapidement (WiFi, luminosité) ou accéder aux réglages complets de l'appareil. Dans les apps à proprement parler vous ne trouverez que peu d'options et parfois il faudra aller dans les paramètres pour ajuster cela ( 8543), pas très pratique à mon sens. Par ailleurs, cet accès rapide à certains paramètres nécessite d'abord d'accéder aux paramètres, ce qui est assez étrange. Sans copier Android (et autres) il aurait été intéressant de pouvoir ajuster le WiFi ou la luminosité plus rapidement que cela.

L'interface de gestion des appels ( 8544) affiche par défaut le journal et nécessite d'aller chercher le clavier de composition dans le menu, pas très pratique mais on prend l'habitude.

Les contacts ( 8545) sont triés par lettres, vous n'avez pas de classique longue liste. Pourquoi pas. Le contact le plus récent s'affiche en haut. Les fiches ( 8548) sont assez succinctes.

Les messages ( 8546) sont triés par contact dans une interface des plus épurées. Toutes les conversations sont posées en texte sur le fond de l'ambiance. C'est simple, probablement trop pour être réellement ergonomique à l'usage. Dans l'interface de messagerie vous ne trouverez pas l'option MMS, elle n'est pas implémentée de la sorte, pour le moment. Pour envoyer un MMS il faut vous rendre dans la galerie, sélectionner un cliché puis demander à le partager via MMS.

La saisie de texte ( 8547) est très réactive et proposée en plusieurs langues. Le Jolla apprend au fil de votre frappe, ce qui est plutôt pratique. Des propositions sont affichées mais quand vous appuyez sur "espace" la correction n'est pas validée, il faut aller la "chercher" dans la barre.

L'agenda ( 8549) va droit au but et est clair, il est possible de synchroniser vos rdv depuis différentes sources, dont Google. Le client e-mail ( 8550) est plutôt bien fait également, avec affichage des dossiers après un défilement vers la gauche.

Le navigateur web ( 8563) permet de disposer d'onglets et affiche le site web en plein écran. L'expérience est correcte, digne d'un appareil de moyenne gamme Android.

La galerie ( 8564) organise vos images et vidéos selon différents tris (photos, vidéos et ambiance, pour le thème). Tous les contenus sont affichés à la suite au format grille, c'est plutôt pratique et tout l'espace est utilisé par les vignettes. Vous pouvez en sélectionner plusieurs pour les supprimer, regarder chaque image à part. Un appui dessus permet d'afficher les options de partage et de création MMS ( 8565). Notez que l'image de fond de l'ambiance s'affiche en arrière plan de vos photos, c'est dommage car un simple fond noir aurait été plus pertinent.

La solution Maps ( 8566) intégrée sur le terminal utilise Here, la plateforme de Nokia. L'app est plutôt bien faite et permet de créer des itinéraires. Here est une référence en matière de cartes et points d'intérêt.

Parmi de nombreuses apps "outils" on peut trouver l'explorateur de fichiers ( 8567).

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L'appareil photo dispose d'une interface très simple, vous pouvez faire le focus au doigt (ou automatiquement) puis capturer une photo en touchant l'icône en bas à droite de l'écran. Vous avez une belle quantité d'options disponibles, accessibles en touchant les icônes en haut de l'écran : ISO, grille, mode photo/vidéo, flash, balance des blancs, type de mise au point, retardateur et bascule caméra principale/frontale. Il est possible de lancer une capture en appuyant sur une touche de volume.

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Un peu d'Android, mais pas trop non plus

Côté apps, vous avez deux possibilités. La première consiste à utiliser la boutique Jolla qui héberge une petite quantité de contenus développés spécifiquement pour Sailfish. Si pour les jeux il vaut mieux oublier, pour les apps utiles c'est plutôt intéressant avec des interfaces souvent réussies. Cela étant dit, Sailfish est capable de faire tourner des apps Android, alors autant nous attarder un peu là dessus, non ?

L'idée générale pour l'instant est la suivante, vous pouvez installer n'importe quel fichier .apk ou presque en allant le chercher soit directement sur la toile (attention tout de même) ou via une plateforme type 1Mobile Market ou Yandex. Cela se complique ensuite quand il faut faire fonctionner ladite app. Certaines vont se lancer et tourner au poil, d'autres vont planter sans raison et d'autres refusent de fonctionner car nécessitent de se connecter au Play Store (services Google Play). Etrangement, prenez Youtube, ça ne marche pas, par contre Maps démarre (ne fonctionne pas très bien, mais bon). Il existe une technique pour passer outre certaines restrictions, comme installer le Play Store qui permet de modifier la configuration de la machine virtuelle Android afin de permettre une connexion aux services Google Play. A vous de voir si vous vous sentez d'attaque.

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Comme Android fonctionne dans une machine virtuelle installée sur le terminal, pour le moment (il est prévu que cela change) le multi-tâche natif de Sailfish ne fonctionne pas pour les apps Android, il faut utiliser la touche multi-tâche tactile visible en bas à droite, qui ouvre le système "classique" que l'on connait bien. C'est un peu déroutant mais si vous ne passez pas votre temps à utiliser des apps Android, vous ne serez pas gêné.

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Autonomie

Le Jolla offre en moyenne une journée complète d'autonomie en usage modéré. Classiquement, la variation de durée de vie se fera en fonction de votre utilisation, GPS et processus qui utilisent CPU/GPU/fonctions téléphoniques consomment davantage.

Performances

Le Jolla est équipé comme un appareil de bas de moyenne gamme sous Android, il n'est ainsi pas surprenant, surtout à travers la machine virtuelle Android, d'obtenir un score assez bas dans les benchmarks, ici 13000 dans AnTuTu. Au final mesurer les performances du Jolla via un utilitaire Android n'est pas une bonne idée, concentrons-nous sur l'expérience dans l'interface.

Là dessus, je suis honnêtement partagé. D'un côté, l'interface épurée de Sailfish permet de se déplacer relativement rapidement dans le système, mais au final je n'ai pas été impressionné par la réactivité à l'usage, notamment sur les défilements et zooms. Bien sûr cela pourrait être amélioré avec les mises à jour.

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Qualité photo et vidéo

En photo de jour, le Jolla s'en sort décemment si vous n'êtes pas trop exigeant (manque de détails, contraste, parfois un peu pale voir quelques soucis de balance des blancs). Par contre la mise au point se fait correctement et le mode macro est top. De nuit la mise au point est plus compliquée mais le résultat est loin d'être mauvais, avec une quantité raisonnable de bruit.

Si en photo vous arriverez à sortir des clichés corrects, le mode vidéo n'est vraiment pas au point (problème logiciel ?). Le rendu de l'image en 1088p (oui, 88) est peu défini et désagréable à regarder. Le son enregistré se tient mais un soufflement prononcé est audible. De nuit l'image devient saccadée, car (à priori) le terminal cherche à capter plus de lumière. Le Jolla est globalement décevant en vidéo.