Yota, notre prise en main du YotaPhone 2


Par Fneuf,
 Le 03/03/14

Dans le grand froid sibérien un constructeur travaille dans l'ombre. Il sommeille mais s'apprête à envahir le marché avec la seconde génération d'un concept initialement présenté en 2012.

Un smartphone à deux faces, équipé de deux écrans dont l'un en e-ink.

Quels sont les intérêts de cette solution ? La prochaine révolution vient-elle de Russie ? Et surtout les chœurs de l'armée rouge ont-ils participés à la confection des sonneries ?

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Le verso du YotaPhone 2.

L'Encre électronique kezako

Techniquement un écran e-ink est constitué de cristaux liquides possédant de multiples états stables. A la différence des écrans LCD que vous connaissez déjà dont les cristaux doivent être alimentés pour afficher une image, cette stabilité lui permet de ne consommer de l'énergie que lorsqu'il est rafraichit. Concrètement une fois qu'une image est affichée elle peut y rester éternellement sans consommation, comme sur une feuille de papier traditionnelle. De plus n'ayant aucunement besoin de rétro-éclairage (il utilise la lumière ambiante), ses besoins énergétiques s'en trouvent encore réduits.

Du point de vue du confort de lecture, aujourd'hui aucune technique ne peut rivaliser avec un écran à l'encre électronique. C'est pour cela que toutes les liseuses électroniques pures en sont équipées. La fatigue oculaire engendrée par son utilisation est très faible. Enfin sa consultation est aussi possible dans toutes les conditions, même en plein soleil.

Son point faible vient de son temps de rafraichissement. N'espérez pas y voir d'animations fluides et encore moins de vidéos. Enfin, les images aujourd'hui sont affichées en autant de niveaux de gris (16 ici) que les cristaux de l'écran possèdent d'états stables différents, bien qu'il existe quelques prototypes d'écrans couleurs (4096 teintes).

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16 niveaux de gris sont représentables sur les écrans 4 bits des terminaux de Yota Devices.

Spécifications du YotaPhone 2

  • Android 4.4 KitKat sur le terminal présenté au MWC,
  • CPU : Qualcomm SnapDragon 800 MSM8974 (quad core),
  • GPU : Qualcomm Adreno 330
  • RAM : 2 Go,
  • Capacité de stockage : 32 Go,
  • Réseau : quad-bandes GSM, penta-bandes HSDPA & tri-bandes LTE Catégorie 4 (max. 150 & 50 Mbit/s) avec support du MIMO,
  • nano SIM,
  • Bluetooth 4, WiFi 802.11 ac, NFC, USB 3.0 (micro USB),
  • Ecran tactile AMOLED Full HD de 5 pouces (442 ppi),
  • Ecran tactile e-ink de qHD de 4.7 pouces (235 ppi),
  • Caméra principale : CMOS 8 MégaPixels + LED,
  • Caméra secondaire : CMOS 2 MégaPixels,
  • GPS (avec A-GPS) & Glonass,
  • Batterie 2550 mAh,
  • Dimensions : 144 x 69.5 x 8.9 mm (140 g).


Le concept

La société Yota s'est fait connaître grâce à ses activités d'opérateur en Russie (déploiement initialement basé sur la technologie WiMAX) et grâce à ses dongles 4G.

L'idée qui préside à la création de ces YotaPhones est simple : pouvoir consulter des informations importantes en toutes circonstances, même téléphone éteint.

L'écran supplémentaire en papier électronique reste allumé en permanence. Il vous permet de continuer à consulter différents contenus et interagir en temps réel.

Si ce n'est pas la première fois q'un téléphone portable est équipé d'un tel écran ; déjà en 2006 Motorola en avait fait usage sur le MotoFone ; ici Yota Devices a imaginé des usages originaux.

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La prise en main

La réversibilité du smartphone et la présence de deux écrans ne l’empêche pas d'être extrêmement fin : 8,9mm.

Son recto comporte un écran AMOLED Full HD de 5", son verso un écran e-ink de 4,7" de résolution qHD (960 x 540 pixels). Fait resté assez confidentiel, le YotaPhone premier du nom fut le premier smartphone à écran incurvé. Son successeur reprend cette idée, l'écran e-ink est lui aussi incurvé. Seul le sens d’incurvation évolue. Il épouse naturellement les courbes de nos humaines paumes, contribuant à une prise en main naturelle.

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L'écran en papier électronique est incurvé


L'écran supplémentaire est parfaitement intégré. S'il affiche une image noire il devient alors presque invisible sur la surface arrière.

Désormais chez Yota Devices les deux écrans sont tactiles capacitif. Vous pourrez ainsi plus facilement interagir avec le contenu présenté sur l'écran à l'encre électronique depuis cet écran. La fonction complète n'était malheureusement pas finalisée sur le terminal essayé. Nous avons cependant pu constater que l'on pouvait parcourir les pages d'un e-book grâce à un swipe depuis l'écran en papier électronique.

Un des côtés surprenant du terminal vient d'une expérience Android personnalisée par le constructeur russe. Adieu les 3 boutons classiques :

  • pour afficher l'écran d'accueil il vous faudra effectuer un swipe vers la droite,
  • pour revenir en arrière il vous faudra réaliser un swipe vers la gauche,
  • enfin le double tap vous permettra de contrôle le multitâche.

Et bien que le prototype présenté à Barcelone conserve les boutons Android, le constructeur nous a assuré que la version finale reprendrait l'interface "traditionnelle" des YotaPhones.

Un bémol. Grosse question sur la durabilité d'une telle solution, la réversibilité du téléphone vous contraignant à toujours poser votre téléphone sur un des écrans. La société russe utilise à juste titre les traitements Gorilla Glass de Corning sur les deux écrans, mais est-ce suffisant ? La création d'une coque spécifique aux bords un peu plus épais pourrait être une solution.

Interactivité entre les deux écrans

Le principe est assez simple. Vous contrôlez le smartphone depuis l'écran AMOLED, de façon on ne peut plus traditionnelle. Vous sélectionnez ensuite le contenu à afficher sur l'écran e-ink et vous l'y envoyez.

Soyons clair, aujourd'hui une limitation principale existe. L'écran e-ink ne peut pas ici afficher tous les contenus. Yota a spécifiquement développé des applications qui tirent profit du second écran. Voici les principaux éléments que vous pouvez afficher sur l'écran à l'encre électronique :

  • Lecture de livres électroniques (ebooks FB2, ePub, pdf, ...),
  • Flux web (RSS, ...), flux sociaux (twitter, facebook, ...),
  • Cartes & navigation,
  • Notes,
  • Agenda,
  • Ecran d’accueil dynamique personnalisable,
  • Widgets dynamique (batterie, heure, texte, météo, etc).

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En cas de besoin et pour économiser un peu plus la batterie, il existera un mode avancé qui permettra une prise de contrôle beaucoup plus importante depuis l'écran e-ink : passer des appels téléphoniques, envoyer des messages, etc. Ce mode n'est pas activé par défaut.

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YotaPhones de première et seconde génération.

Point regrettable, l'application Android d'Amazon pour Kindle n'est pour l'instant pas compatible avec l'utilisation de l'écran e-ink.

La société russe va également prochainement rendre disponible un SDK à destination des développeurs pour faciliter l'intégration de l'écran supplémentaire dans leurs applications.

Conclusion

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YotaPhones de première et seconde génération.

Dans un paysage encore trop souvent dominé par des légions de terminaux clones (matériellement et logiciellement), Yota propose une solution originale. C'est rare, ici la différenciation est basée sur quelque chose de concret. Avec ce second écran la société russe se propose d'intégrer au sein du smartphone les fonctions que d'autres constructeurs détachent sur des "appareils mettables" (smartwaches, etc).

Le concept est séduisant, reste à voir si les développeurs vont mordre à l'hameçon du SDK et participer à la création d'un écosystème d’applications profitant de toutes les capacités de ce terminal. Enfin, l'intérêt d'un tel système repose bien entendu sur la pertinence du business case : les pratiques des utilisateurs. Vos avis nous intéressent : comment vous verriez-vous utiliser une telle solution ?

D'après nos contacts chez Yota, son futur prix placera le YotaPhone 2 en concurrence avec les flagships Android actuels. Ce n'est donc qu'une estimation mais comptez environ entre 450 et 550 €. Pour ce prix vous pouvez également acheter séparément liseuse et smartphone. Outre l'encombrement, l'inconvénient dans ce cas est l'absence d'interactivité entre les deux appareils. Pas de fonction de partage de contenus facilité.

Pavel Ryzhiy, directeur marketing de Yota que nous avons rencontré au MWC14, nous a annoncé que la société souhaitait débuter les livraisons de son produit sur le 4ème trimestre 2014, et ce sur le marché mondial. A noter que selon nos informations les possesseurs d'un YotaPhone de première génération se verraient offrir un rabais à l'acquisition d'un YotaPhone de seconde génération. Le YotaPhone 1 est aujourd'hui disponible en France depuis la boutique en ligne du constructeur.

Nous verrions bien la réutilisation du concept Yota sur le marché des tablettes. Aujourd'hui le consommateur est forcé de faire un choix entre une tablette à l'écran LCD et une liseuse à l'écran à l'encre électronique. La création d'une tablette réversible permettrait d'allier le meilleur des deux mondes : accès aux fonctionnalités et aux médias graphiques et confort de lecture. Est-ce la prochaine évolution ?

@fneuf

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